Cette musique m'était familière. Je ne savais pas tellement pourquoi, mais à son écoute, mes jambes tremblaient. Elles flageolaient, s'emmelèrent, s'entremêlèrent. Le son doux et mélancolique à la fois, une mélodie qui vous traverse, seulement vous et votre corps. D'autres auraient pu la trouver banale, classique, peut être même dépassée. Pas moi. Moi, elle me transportait. Elle m'incitait à me lever, enchainer des pas, encore et encore. Une succession de mouvements. Une cascade de déplacements; l'agitation d'un bras, d'un pied, d'une tête. Un tas de gesticulations. L'oscillation d'un coeur qui n'arrêtait plus de battre, qui n'en pouvait plus. Il s'épuisait, mais l'agitation ne cessait pas. Le corps continuait sa course, au rythme des doigts du pianiste, qui frôlaient les touches une à une. Il les effleurait, ses doigts volaient au dessus du clavier, et le son poétique et sublime qu'il produisait m'entrainait. Je ne touchais plus sol, je ne domptais plus ni mon corps, ni mon esprit. Cette mélodie si entrainante avait provoqué en moi une ivresse démesurée. J'étais heureuse de ne plus rien contrôler. Je laissais mon corps s'adonner à ce mouvement et mon esprit perdu s'adonnait à ce plaisir. Je dansais.
